jeudi 12 novembre 2009
La naissance de l'étoffe en Afrique (5)
Autre mode de teinture, celle à la boue, utilisée dans le "Bogolan fini", au Mali. La technique est minutieuse et la préparation, longue.
Les bandes de cotonnade cousues qui vont former le pagne sont plongées dans un bain de boue qui va les teindre en jaune. Au reste de ce premier bain de teinture on ajoute une terre noire, on obtient une seconde boue. Avec un bâton trempé dans cette boue, on dessine des motifs.
Lorsque le dessin est terminé, on enduit de savon noir les parties non-décorées à la boue. Un deuxième bain nettoie les endroits non-recouverts de terre. Il restera ensuite à laver et faire sécher le pagne.
Le vêtement africain a valeur de signe, témoignage de mythes et traditions. Quand une femme africaine porte le boubou, ce n'est pas seulement un refus de l'uniforme de l'occidentalisation, mais c'est toute sa mémoire qui l'enveloppe...
vendredi 6 novembre 2009
La naissance de l'étoffe en Afrique (4)
Le mode de teinture à l'indigo aurait été inventé par une femme Sarakolé. Les femmes Sarakolés connaissent tous les secrets de la décoction, la macération et la fermentation des feuilles. Ce sont elles qui préparent les bains de teinture.
L'indigo est semé en août. Quelques mois plus tard, on procède à l'effeuillage. Les feuilles récoltées sont pliées, roulées en boules, puis mises à sécher.
Les enfants et les hommes n'aident que pour les décorations des tissus. Les motifs sont réalisées avec des "réserves", coutures ou ligatures de morceaux de tissus, afin de les préserver du bain de teinture. Par trempages et ligatures successives, on obtient différentes nuances de tons.
Les ligatures sont faites avec des petites ficelles ou des fibres de raphia. La teinture ne colorera pas ces endroits ligaturés, qui conserveront leur couleur d'origine. La technique des ligatures donne des dessins centrés, plutôt ronds. Les endroits cousus donnent des lignes. La combinaison des 2 permet l'obtention de dessins plus élaborés.
Dans une autre technique, le batik, on utilise des tampons en bois trempés dans la cire chaude et appliqués sur le tissu. Quand le motif de cire a refroidi, le tissu est teint. Quand le tissu est sec, on le lave à l'eau très chaude pour enlever la cire et le motif apparaît sans teinture.
Merci, Maracudja, pour ces 2 photos de batiks, prises à Saly (les autres seront bientôt visibles) :
Merci Gaëlle pour ton petit coucou matinal et pour cette jolie photo d'un batik du Bénin :
Les motifs symboliques replacent le tissu dans son univers culturel.
La naissance de l'étoffe et le mythe dogon... Le génie y insuffla la parole...
... à suivre...
jeudi 29 octobre 2009
La naissance de l'étoffe en Afrique (3)
L'Afrique donna la parole à ses génies...
Pour les Dogons, tisser n'est pas un acte de création, mais la création même. Le tisserand, poussant sa navette, chante et sa voix entre dans la chaîne du métier à tisser, s'enchaînant à celle de ses ancêtres. Le bruit du métier à tisser se nomme "grincement de la parole".
J'ai trouvé ces magnifiques photos de tisserands dogons ici, merci beaucoup...
Les couleurs naissent du même bain mythique.
Les cotonnades tissées étaient au départ blanches, de la couleur naturelle du coton. Puis on passa à l'ocre, couleur de la Terre. Vint la couleur du feu, des forgerons et des potiers : le rouge. Ainsi que la couleur du ciel et de l'orage, l'indigo et le noir. Le geste de teindre se chargea à son tour de signification. Cela fait sa beauté.
La teinture devint un art couleur de terre et de plantes...
... à suivre...
jeudi 22 octobre 2009
La naissance de l'étoffe en Afrique (2)
L'étoffe vient des sources du monde...
"Alors le Soleil se leva, et le septième génie fit sortir de sa bouche 80 fils de coton. Avec ses dents supérieures, il les répartit harmonieusement comme le ferait le peigne d'un métier à tisser. Ainsi il constitua la plage impaire de la chaîne. Il procéda de même avec ses dents inférieures et forma le plan des fils pairs.
Ouvrant et refermant ses mâchoires, le génie imprimait à la chaîne les mouvements des lisses du métier. Tout son visage participait au labeur, ses ornements de nez représentaient la poulie, ceux de la lèvre inférieure figuraient la navette.
Tandis que les fils se croisaient et se décroisaient, les deux pointes de sa langue fourchue poussaient les fils de trame et les bandes se formaient hors de sa bouche dans le souffle de la parole révélée, car le génie parlait. Il octroyait son verbe à travers une technique afin qu'il fût à la portée des hommes... et ces paroles étaient le tissu lui-même. Le tissu était le verbe."
Marcel Griaule, ethnologue, rapporte cette légende dans Les dieux d'eau.
Il ajoute : en langue dogon, étoffe se dit "soy" qui signifie à la fois "c'est la parole" et "sept", le rang de celui qui parla en tissant.
Ainsi, dans presque toute l'Afrique de l'Ouest, et particulièrement au Mali, le tissage, puis le vêtement et la teinture sont inscrits dans le récit mythique.
D'où vient le vêtement ?
Les Dogons ont encore leur réponse superbe : "quand le génie descendit sur la Terre, il apporta des fibres tirées de plantes déjà créées dans les régions célestes. Il en sépara dix poignées correspondant à ses dix doigts, et en plaça cinq devant lui et cinq derrière."
Il n'en fallait pas plus pour vêtir la nudité.
... à suivre...
jeudi 15 octobre 2009
La naissance de l'étoffe en Afrique (1)
(Difficile d'être affirmative, je n'ai pas la prétention de maîtriser le sujet... Ce texte étant une réécriture, avec mes mots, basée principalement sur un texte ancien de Jean-Jacques Mandel)
Jusqu'au XI siècle, les habitants de l'ancien Soudan français, le Mali, confectionnent quelques éléments vestimentaires dans des peaux d'animaux. Le métier à tisser aurait été apporté par les Peuls, amenant ainsi un artisanat de tissage de bandes de coton.
Les cotonnades teintées à l'indigo commencent à circuler en Afrique.
Au XVème siècle, les premiers conquérants portugais arrivent par la mer. En Gambie, au Cap Vert, ils créent de petites manufactures où les tisserands africains travaillent. Les colons échangent les cotonnades tissées contre de l'ivoire, de l'or ou du bois précieux dans les régions côtières, en même temps que le drap rouge de Mogador ou Marrakech.
Les caravanes almoravides amènent à Tombouctou, Djenné, Gao... la religion musulmane. L'Islam ainsi que le Christianisme souhaitent masquer les corps. L'étoffe se généralise et le troc s'intensifie. Les boubous apparaissent, inspirés des djellabas marocaines.
La production locale de tissu est complétée par les tissus maghrébins et les waxs, tissus imprimés importés par les Hollandais.
Le vêtement est entré dans les habitudes africaines. Avec les blancs l'étoffe apprend le langage de l'or. Mais l'aspect magique et mythique ne saurait être occulté... ce que pagnes et boubous ont à raconter dépassent les affaires de commerce et de conquête.
Voici ce que dit le mythe...
D'où vient l'étoffe ? Des sources du monde...
... à suivre...
lundi 12 octobre 2009
Découverte
Par hasard, parce qu'elle est venue chez moi, j'ai découvert un blog très sympa, avec une idée que je n'ai jamais vue ailleurs : des CD customisés, j'adore le principe... c'est une très bonne idée et c'est très joli !!
Je vous invite à y faire un tour, je l'ai glissé dans mes favoris :
Bonne balade...
Petit rectificatif, l'initiative des cd habillés revient à Nathalie Locquen. Pour en voir d'autres et une exposition virtuelle de tous les CDs réalisés par les membres du groupe ou des passants...
C'est ici : http://cdhistoires.blogspot.com/
jeudi 24 septembre 2009
Le mola des indiens Kunas
Depuis 150 ans environ, les indiens Kunas se sont installés sur la côte panaméenne. Leurs corps étaient peints de façon rituelle. Puis l'idée germa de reproduire les motifs parant leurs corps sur le tissu.
Ainsi est née la technique du Mola. Elle consiste à superposer de 2 à 7 couches d'étoffes, chacune étant décorée de motifs découpés de taille inférieure à la précédente, ce qui donne l'effet de relief. Chaque pièce de tissu est soigneusement cousue, laissant apparaître la couche du dessous. Des petites pièces sont ajoutées pour encore plus de couleurs. Cela donne des tissus très colorés, très travaillés.
Les petites filles Kunas sont initiées dès 7 ans à cette technique très élaborée. Les femmes gardent précieusement les molas les plus travaillés.
La plupart des motifs sont liés à la Nature, aux animaux, aux plantes ... Selon les croyances Kunas chaque élément est investi par l'esprit. Les rites de la tribu, les activités quotidiennes sont sources d'inspiration également. Et si l'inspiration vient à manquer, le médecin sorcier lave les yeux et les doigts des femmes Kunas avec un liquide magique...
Les indiens Kunas vivent de façon traditionnelle, de pêche et d'artisanat notamment. Sur cette photo (wikipedia), une femme Kuna présente ses molas.
mardi 22 septembre 2009
Des clous !!
Avant, mon vide-poche c'était ça... Une planche de contre-plaqué, du tissu agraphé, des vieux jeans découpés, avec plein de poches... et des clous, des petits clous, encore des petits clous... Des clous dorés de tapissier... Pour un vide-poche branché !!
Il en a "lié" des langues !! "C'est... comment dire... heu... original ... (petit rire gêné...)"...
Mais désormais, le look jean clouté, c'est fini... le voilà les poches vides, les crochets arrachés... dernier voyage direction la déchetterie...
L'entrée va se parer d'un nouveau style, plus raffiné, plus raphiatisé (on a le droit d'inventer des mots, non ?), plus exotique, plus tissé... à voir bientôt !!
vendredi 17 avril 2009
L'Ikat, tissage de l'Afghanistan
L'Ikat est une technique de tissage dont la clé est la teinture des fils de chaîne avant la réalisation du tissage. L'Ikat, étoffe rare, est encore fabriquée dans certains ateliers d'Afghanistan, selon les traditions importées par un maître-artisan voyageur d'un autre siècle.
La technique de l'Ikat est utilisée également en Indonésie, en Amérique Centrale (Mexique, Guatemala), en Amérique du Sud (Équateur, Argentine et Bolivie). Au 19è siècle, les villes de Boukhara et Samarcande dans Ouzbékistan actuel étaient réputées pour les Ikats de soie. On retrouve aussi la technique de l'Ikat en Inde, au Japon et dans d'autres pays d'Asie du Sud-Est.
La technique de l'Ikat exige une longue préparation. Les fils de chaîne sont ligaturés avec des liens de coton ou de plastique et trempés dans des teintures. Entre chaque bain de teinture, les ligatures sont déplacées selon le motif du tissu. La conception des motifs se fait donc avant le tissage.
Ces Ikats peuvent être des satins, les Atlas, des taffetas à chaîne de soie et trame de coton unie, les Adras, ou des velours de soie, les plus prestigieux, les Bakhmals, spécialité des tisserands de Boukhara (alors Emirat indépendant) à la fin du 19è siècle.
Les Ikats étaient offerts en cadeau de mariage à la fiancée sous forme de foulards et de robes ou à l'occasion d'une naissance, offrir une telle étoffe étant signe de richesse. L'artisanat afghan s'essoufle car les afghans ont des préoccupations autrement graves. Mais il est important de ne pas perdre une précieuse technique.
Dans mes recherches sur l'Ikat, j'ai découvert un endroit fabuleux pour qui aime le tissage, le Textile Museum of Canada : "La collection permanente du Textile Museum of Canada (TMC) contient plus de 12000 textiles récents et anciens – certains datant d’ il y a presque 2 000 ans – d’au moins 200 régions du monde. Hétéroclite, cette collection comprend des pièces d’étoffe, des tissus cérémoniels, des vêtements, des tapis, des courtepointes et d’autres artefacts qui témoignent de l’importance culturelle et esthétique que les textiles revêtent depuis toujours." Voici le lien de ce site, qui s'est glissé en excellente place dans mes favoris :
http://www.textilemuseum.ca/apps/index.cfm?page=exhibition.detail&exhId=36&language=fre
Quelques photos extraites de ce site à voir absolument, trop beau :
samedi 7 mars 2009
Découverte d'un blog !!
Je viens de découvrir un blog très sympa où l'on parle de moi (avec ma page de statistiques, je sais d'où viennent les gens, il ne faut pas croire, c'est très indiscret, la blogosphère !!)
Il s'agit de Histoires de boîtes à couture, je l'ajoute à mes liens à droite, prenez le temps d'y faire un petit tour ou même un grand:
http://boiteacouture.blogspot.com/
Bonne découverte !


































